L’ORIBUS n°94 – Novembre 2015

« Appelés Mayennais en algérie 1954 – 1962 »

Le numéro 94 de L’Oribus est consacré aux appelés mayennais de la guerre d’Algérie. Le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre passé, d’anciens combattants ont interpellé notre association à ce sujet ; un groupe de six personnes s’est constitué en 2012 pour travailler cette question.

Au hasard des rencontres amicales et familiales, avec l’aide de l’ONAC, des associations d’anciens combattants, nous avons rencontré une vingtaine de personnes. Nous avons rassemblé aussi des témoignages écrits sur la question. C’est ce que nous souhaitons publier.

La surprise de notre enquête est venue de la quantité considérable de photos rapportées par les appelés. Très nombreuses, elles rendent compte du regard des appelés sur le conflit mais aussi de leur regard sur les Algériens et sur eux-mêmes. Cette brochure utilise largement ces clichés. Dans le même temps, les Archives départementales ont commencé à les numériser, pour les conserver à long terme mais aussi pour exposer un certain nombre d’entre elles dans leurs locaux au printemps 2016.


Ce conflit, long et difficile, ne porte officiellement le nom de « guerre » que depuis 1999. Rappelons que ces « événements » aux allures de guerre civile, en France comme en Algérie, s’inscrivent dans le mouvement mondial de décolonisation.

Plus d’un million de jeunes Français ont servi en Algérie et 27 000 d’entre eux ne sont pas revenus. Du côté adverse, 140 000 Algériens de l’Armée de Libération Nationale ont trouvé la mort. Les civils aussi ont payé un lourd tribut, très difficile à évaluer précisément. Cette guerre a engendré des mémoires conflictuelles : les appelés vis-à-vis des engagés de l’armée de métier, les harkis et les pieds-noirs, les Algériens et les Français… Les « mémoires » s’opposent fortement et douloureusement. En Algérie on parle de guerre d’indépendance, ceux que les Français appellent des fellaghas (bandits, terroristes, en arabe) sont pour les Algériens des combattants de la liberté donc des héros. Même s’il semble qu’un morceau de France vit en Algérie et un morceau d’Algérie en France, on ne peut pas dire que les esprits soient apaisés.

Cependant, il ne s’agit pas pour nous de raviver des blessures, de créer des polémiques, de porter des jugements, mais très modestement de faire un travail d’historien. Le temps a passé, des livres d’histoire ont été publiés, les archives se sont entrouvertes, et la mémoire d’anciens appelés reste très vive. À la lumière de faits établis, il s’agit pour nous de questionner des anciens appelés mayennais, d’essayer de comprendre ce qu’ils ont vécu à 20 ans, si loin de chez eux. Ils ont souvent le désir de témoigner, au soir de leur vie, de leurs expériences très diverses à la lumière de ce qu’ils pensent aujourd’hui. Nous n’avons pas la prétention de faire une étude ni statistique ni exhaustive mais plus simplement de retracer avec certains d’entre eux les événements vécus.

Au Sommaire :

Éditorial
Chronologie

La guerre d’Algérie, 1954-1962
Maintien de l’ordre ou guerre sans nom ?

Le choc de la guerre
L’eau et le sable : danger !
Les appelés et les Algériens entre peur et confiance
Baptême du feu
2 et 3 octobre 1956 — Cinq Mayennais disparaissent dans les embuscades d’Aflou
La « Herse » à la frontière tunisienne
Des prisonniers et une médaille
Para en Algérie — Le choix de «l’élite»
Les obsèques des soldats morts en Algérie

La  vie des appelés
Instituteur en Algérie
Opérateur radio
Soldat dans l’Inox
Le quotidien d’un appelé en Algérie
La correspondance de Robert Buron avec les militaires et leurs familles

Après l’indépendance
Le « porte-manteau »
Les appelés disparus mayennais
139 appelés mayennais morts
Les animateurs en gérontologie et la guerre d’Algérie
Les associations d’anciens combattants en Mayenne