L’ORIBUS N°72 – mai 2008

 La Mayenne et les évènements de 1968
Jean Steunou

Mon village d’autrefois
La vie à La Chapelle-au-Riboul entre les deux guerres
Alfred Burson

Félix Blaviel, maître d’armes d’Alfred Jarry
Première partie
Jean-Yves Gougeon

« Souvenirs du chevalier de la Broise »
La saison des plaisirs (Paris 1819)
Présentation de Philippe Vicente

Editorial

Dans ce numéro, quatre coups de projecteurs sont portés sur la société française à divers moments de son histoire, quatre contributions qui permettent d’appréhender la vie quotidienne de certains milieux à des époques variées.

Nous retrouvons ainsi en 1819, le chevalier de la Broise partagé entre son service à l’armée et ses vacances mayennaises, lesquelles ne retiennent peut-être pas assez son attention. Il aurait été certainement très enrichissant de découvrir dans le détail la vie lavalloise d’un aristocrate au temps de Louis XVIII. N’empêche, le chevalier, pourtant confiné dans son milieu militaire, dresse un portrait significatif d’une société parisienne demeurée très inégalitaire, malgré la Révolution, même si la morgue et les préjugés de l’aristocratie revenue au pouvoir paraissent battus en brèche par la bourgeoisie montante. Dans sa langue classique, agréable à lire, le mémorialiste cultive le pittoresque grâce à un sens du détail très pertinent. Les bals mondains de l’Élysée ou du Luxembourg, le portrait de Gautier de Villiers qui vaut bien celui d’Alexandre Dumas, ou encore le voyage hivernal en diligence de Laval à Paris constituent des fragments remarquables.

Plus près de nous dans le temps, dans la continuité de l’année Jarry qui vient de s’achever, Jean-Yves Gougeon propose une approche nouvelle, originale, de cet auteur lavallois dont le goût pour la bicyclette, le revolver ou la pataphysique, voire son penchant dévastateur pour l’alcool sont bien connus. Mais, en va-t-il de même de ses talents d’escrimeur? Pourtant, Alfred Jarry fut un “tireur” impénitent, particulièrement à Laval, auprès du maître d’armes Félix Blaviel. Ce premier article est essentiellement consacré au personnage du maître d’armes. L’auteur y retrace l’itinéraire de ce personnage né à Toulouse mais devenu lavallois. Au travers des détails de sa vie, nous nous trouvons plongés dans l’atmosphère de la vie militaire et coloniale de la France à la fin du XIXe siècle. Le prochain article sera centré sur les deux protagonistes, Félix Blaviel et Alfred Jarry et fera revivre le Laval de la Belle époque.

Encore plus proche de nous dans la chronologie, voici la Mayenne rurale dans l’entre deux guerres. Les souvenirs d’Alfred Burson remettent en mémoire pour les plus âgés de nos lecteurs ce qu’était la vie quotidienne dans un village mayennais avant la Seconde guerre mondiale, voire au-delà de celle-ci. Et ils constitueront un témoignage irremplaçable pour les plus jeunes. La Chapelle-au-Riboul est bien un « village d’autrefois », doté d’une vie aussi animée que variée avec ses commerces et activités diverses, ses personnages pittoresques… Tout un monde aujourd’hui disparu. La description de La Chapelle-au-Riboul aujourd’hui mise en regard avec celle d’Alfred Burson ne renverrait-elle pas au travail de Jean Fourastié comparant sa commune de Doucelleen-Quercy en 1946 et 1975? (Les Trente glorieuses, Fayard, 1979).

Et si 1968 avait sa part de responsabilité dans ces transformations au moins dans le domaine des moeurs ? À moins que 1968 ne soit la conséquence de ces évolutions difficilement assimilées par la société ? Nous laisserons les spécialistes trancher cette question. En ces temps finissants de commémoration à l’ampleur inattendue, L’Oribus apporte sa modeste contribution, à l’échelle mayennaise, en apportant en quelque sorte un complément au numéro 27 (décembre 1988) qui avait déjà abordé ces événements à travers divers articles : une chronologie complète, une approche de la Mayenne dans sa spécificité, une étude de l’attitude du patronat mayennais et une reconstitution du mouvement lycéen lavallois. Dans cette publication, le lecteur trouvera un aperçu de la Mayenne démographique, économique, sociale et politique à la veille des événements de 1968 et une étude des élections législatives départementales de juin qui ont constitué en quelque sorte la sortie de la crise. Au passage, une présentation iconographique aura illustré un rapide rappel des faits.

Jean Steunou