L’ORIBUS N°67 – décembre 2007

La mémoire retrouvée d’autres« héros ordinnaires »
Jean Chauvin

Jouer dans les années 1950
Bernard Munoz

La petite église dans le nord-est de la Mayenne au XIXe siècle
Louis Duval et Gustave Leroy

Travail, famille, patrie, démographie
Jocelyne Dloussky

« Souvenirs du chevalier de la Broise »
La Chouannerie en 1815
Présentation de Philippe Vicente

Outre les auteurs, ont participé à la réalisation de ce numéro :
Jean-Yves Gougeon, Catherine Le Guen, René Lemarchant et Jean Steunou

Editorial

Dans ce numéro, cinq articles d’inspirations et de factures variées. Témoignages et recherches historiques alternent ; XIXe et XXe siècles s’entremêlent.
Au rang des témoignages, nous renouons avec les souvenirs de chevalier de la Broise. Nous l’avions laissé en 1815, au moment où, face au retour de Napoléon, les royalistes organisent leur résistance. Rentré en Mayenne, le chevalier rejoint les chouans du chef Moustache, regroupés au sud de Laval. Il participe alors au recrutement, à l’organisation et à l’armement des rebelles. Dans l’extrait proposé ici, entre diverses marches dans les campagnes, le chevalier de la Broise est présent à Saint-Quentin-des-Anges lors de la prise de commandement du marquis d’Andigné.

Deux temps fort émergent de ces pages : l’histoire passionnante de l’espion découvert chez les chouans avec l’étonnante figure de Moustache et surtout la description de la Mayenne rurale en ces débuts du XIXe siècle.

Le paysage général est celui d’un bocage très serré ; la circulation y est excessivement difficile, particulièrement l’hiver ; l’agriculture routinière est dans un état déplorable. Ce passage est un témoignage fort précieux pour l’historien. Toujours au registre des témoignages, mais dans un genre beaucoup plus léger, Bernard Munoz nous propose les souvenirs de son enfance dans les années mille neuf cent cinquante, à Chérancé, aux confins du Maine-et-Loire. Une série de courts récits narrent les morceaux choisis de la vie d’un jeune garçon en milieu rural. Ces textes sont alertes, conduits avec verve et humour. Les lecteurs de la génération de l’auteur goûteront ces narrations avec sans doute un brin de nostalgie… Les autres et particulièrement les plus jeunes y trouveront un document contribuant à la connaissance du XXe siècle mayennais, au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Dans ce premier texte, Bernard Munoz met en scène un « gars de la ville » découvrant les jeux de la campagne.

En retrouvant la recherche historique avec Jocelyne Dloussky, il n’est pas certain que les lecteurs échappent encore à la nostalgie, voire à l’attendrissement. Le problème démographique rémanent de la France depuis la fin du XIXe siècle est ici abordé à travers le
prisme du slogan « Travail, Famille, Patrie ». En 1943, à l’instar de tous les écoliers de France, les petits Mayennais furent invités, au moyen de travaux statistiques, au demeurant très formateurs, à prendre conscience, ainsi que leur entourage, des difficultés démographiques
du pays. Et pour récompenser les efforts des écoliers mayennais, L’Oribus n’a pu échapper à l’utilisation de la couleur.

Les recherches généalogiques ont conduit Gustave Leroy et Louis Duval au-delà de la seule recension familiale. La rencontre avec des ascendants membres de la Petite Église les a conduits à élargir leurs travaux et à se pencher sur ce mouvement religieux schismatique né du refus du concordat signé en 1801 entre le pouvoir consulaire et la papauté. Disparue dans notre département, la Petite Église se maintient encore en Poitou, Bourgogne, Lyonnais et Belgique et compte environ 4 000 adeptes. L’article présente ce mouvement dans sa dimension mayennaise.

Avec Jean Chauvin, travail historique et témoignage s’entremêlent. Le chercheur rend compte de sa quête. Dans le numéro 58 de notre revue, obéissant à un devoir de mémoire, Jean Chauvin nous restituait le destin de son père Auguste et de ses trente-quatre compagnons
fusillés à Nantes en 1943, épisode quelque peu occulté dans le souvenir de la Résistance. Cette marginalité était particulièrement sensible pour les cinq Républicains espagnols fusillés dont l’Espagne franquiste n’allait bien sûr pas glorifier le sacrifice. Jean Chauvin est donc parti sur les traces des camarades de son père et ses recherches ont été positives. Il a même rencontré les familles et noué des relations avec elles. Si nostalgie et attendrissement ont pu entourer la lecture de certains articles, ici, c’est certainement l’émotion qui prévaut.

Jean Steunou