1918. Les régiments mayennais dans la Grande Guerre

La Russie et la Roumanie avaient cessé le combat et le front de l’Est s’était éteint au mois de décembre 1917. Lourdement défaite fin octobre à Caporetto, l’Italie n’avait évité le désastre qu’avec l’aide des alliés et son armée était à reconstituer. Réduite à ses seules forces, l’armée d’Orient n’avait d’autre perspective que de se maintenir sur le front de Macédoine. A l’évidence, le sort de la guerre allait se jouer sur le front occidental, en France, dans une course de vitesse entre l’armée allemande jouissant temporairement d’une supériorité numérique accrue et des armées alliées réduites à la défensive et attendant, dans l’anxiété, une entrée en ligne de l’armée américaine que l’on n’espérait plus avant 1919. Allait-on réussir à tenir jusque là ?

La puissance des offensives allemandes qui se succèdent à partir du 21 mars 1918, contre l’armée britannique d’abord, en Picardie puis dans les Flandres, contre l’armée française ensuite, sur le Chemin des Dames, puis en Picardie et enfin en Champagne, en feront douter et le spectre de la défaite un moment entrevu forcera les alliés à réaliser enfin cette unicité du commandement que des années de guerre n’avaient pu imposer. Après l’échec de l’ultime offensive allemande, le 15 juillet, la conduite des opérations porte la marque du général Foch, général en chef des armées alliées. Loin de se résumer à une poussée globale et uniforme de millions de poilus sortant de leurs tranchées et se lançant à l’assaut droit devant eux, la marche des armées alliées obéira dès lors à un plan général de campagne, constamment adapté aux circonstances et exécuté selon les principes ressuscités de la guerre de mouvements. L’enchaînement des batailles dont l’historiographie de cette guerre a retenu les noms ne peut se comprendre qu’au regard de ce plan général et de l’action personnelle de celui qui dirigeait la manœuvre.

Les circonstances ont voulu que les régiments de la Mayenne soient présents, en tout ou partie, dans la plupart des secteurs où se sont déroulées ces batailles. Par ailleurs, des Mayennais se trouvaient également dans bien d’autres régiments. Il nous a semblé opportun de donner ici un aperçu certes succinct, mais aussi complet que possible de l’ensemble des opérations. L’abondance de la matière nous a conduit à diviser cette évocation en quatre chapitres, consacrés successivement aux offensives allemandes contre l’armée britannique en mars et avril ; à celles contre l’armée française de mai à juillet ; aux premières contre-offensives des alliés, dites « de dégagement » ; et enfin à la grande offensive générale qui devait aboutir à la victoire. Ce large exposé préliminaire fournit le cadre nécessaire à la bonne compréhension des parcours de chacun des six régiments, parcours qui font immédiatement suite en autant de chapitres particuliers.

Un dernier chapitre, consacré au front de Macédoine, à l’armée d’Orient et à ses avatars dans la période oh combien troublée qui a suivi le 11 novembre 1918, a été placé en fin d’ouvrage. Il peut servir de fil conducteur à celles et ceux qui seraient intéressés par le parcours des nombreux Mayennais ayant servi sur ce théâtre, lointain et oublié, mais où près d’une centaine d’entre eux ont trouvé la mort en 1918.

Un point sur la situation des principales armées est placé en début d’ouvrage, selon l’usage qui s’est établi au fil des numéros précédents. Celui sur l’armée française a été plus particulièrement développé pour y inclure des aspects qui n’avaient pu être abordés jusque là ou ne l’avaient été qu’à la marge, comme les chars d’assaut, les transmissions, la météorologie, le camouflage.

Bernard SONNECK, 1918. Les régiments mayennais dans la Grande Guerre, L’oribus, 2018, Laval.