1882-2002 Fondeurs à Port-Brillet

1882 -2002
FONDEURS À PORT-BRILLET

En 1982, L’Oribus avait deux ans et publiait sa septième brochure, son premier numéro spécial, consacré aux fondeurs de Port-Brillet. L’usine, pour sa part, affichait un siècle d’activité.
Vingt ans après, nous présentons une réédition de ce numéro introuvable depuis longtemps. Cependant, s’il s’agit bien d’une reprise, celle-ci laisse place au changement. Nous avons conservé les textes proposés en 1982 ; n’apportant que quelques retouches de détail. Seul Bernard Houel a ajouté quelques pages établissant le lien avec 2002 ; il met aussi l’accent sur l’intérêt patrimonial de l’établissement industriel.
La grande nouveauté réside dans la maquette, entièrement refondue autour de l’illustration. Passionné par la fonderie, Bernard Houel détient une impressionnante collection de documents iconographiques dans laquelle nous avons largement puisé pour faire parler les images à côté des mots. Les choix ont souvent été difficiles tant le fond est important. Ces images, ajoutées aux textes inédits ont porté cette brochure à 98 pages alors que celle de 1982 s’arrêtait à 84.

Comme il y a 20 ans, le lecteur ne doit pas s’attendre à trouver dans les pages qui suivent, une étude exhaustive de la vie politique, sociale et économique de Port-Brillet et de sa fonderie. L’étude s’est d’abord intéressée aux hommes, aux relations entre patrons et ouvriers, à la vie de ces derniers. Port-Brillet et son usine, c’est un monde en soi que nous décrivent les trois auteurs.

Après avoir replacé la fonderie dans la filiation historique des anciennes forges de Port-Brillet, Bernard Houel nous propose son témoignage, une approche de l’intérieur de l’usine et de son environnement. Arrivé à Port-Brillet en 1966, ce mécanicien, ayant accédé à diverses responsabilités syndicales, connaît parfaitement la fonderie. Il en est en quelque sorte la mémoire vivante et nous raconte ces hommes et ces femmes dont la vie est organisée, rythmée par la « Maison » dominée par la famille Chappée.

Rémy Foucault décrypte ensuite le système Chappée. Il brosse le tableau d’une certaine conception des rapports sociaux : le paternalisme. Autour de la fonderie, Port-Brillet c’est « Chappée ville » et jamais avant l’entre deux guerres, il n’y fut question de grèves ou de syndicats. Si les salariés de l’entreprise bénéficient de nombreux avantages sociaux, ils se retrouvent en quelque sorte dépendants de l’employeur comme les enfants le sont de leur père.

C’est précisément la contestation du système paternaliste que présente Jacques Omnès. En 1928, le Parti Communiste est parvenu à s’implanter à Port-Brillet et critique vivement le paternalisme local, particulièrement dans ses journaux. Mais c’est en 1936, au moment du Front populaire, que le syndicalisme s’implante dans la « Maison ». C’est en partie grâce à l’obligeance de M. Pierre Bouin et de Bernard Houel qui lui ont ouvert les archives de la CGT que Jacques Omnès a pu conduire son étude.
En point d’orgue, Bernard Houel met en évidence le caractère patrimonial des installations de la fonderie. La cité Brillet-Pontine ne peut se désintéresser de cette richesse qui a fait son histoire.